George Filip – L’ÈRE DES POÈTES poèmes

poet, Canada

 

 La poésie  est une espèce
de musique, il faut l’entendre
 pour en juger.
Voltaire
 
La société a besoin de poètes,
comme la nuit a besoin d’étoiles.
Chevaliers de Boufflers.
 
 
La poésie
est comme un ange
qui parfois rit
et  parfois pleure.

UN  MIRACLE  INSOUPÇONNABLE

 

Ramenez tous les arbres aux pieds de mon corps non mort

C’est ainsi qu’on baigne les arbres en de fausses vibrations

Je me doutai que  dans le fruit des chants de noël  funèbres

On verse en personne  sans soupçonner la moindre tentation.

 

Bien que la rivière des éternels regrets  ne m’emporte

Dedans mon corps s’ébat  en de bien rondes symétries

Un troubadour qui y va et vient de mémoire d’homme

Et l’on ne saura onques où il part, ni d’où il surgit…

 

Dans mon vers, je dissimulai de précieuses énigmes

Signe que mon pauvre corps est simplement un corps mortel

Chahutez la femme qui dépose nos dépouilles dans une urne

En réfléchissant à la craque, si vous pensez à elle.

 

C’est un livre bien troublant… jamais le crayon ne trahit

Et je m’y accroche avarement, car moult affamé

Zénith de la perfection – je veux boire de la lumière

Et atteler à mes vers les fragments de mes pensées.

 


LE  SEIGNEUR

 

 

quand le Soleil se lève sur les mondes

et sourit au miroir de toute feuille

les insectes du globe savent la consigne :

c’est que le Seigneur ouvre son œil

 

sila Lunepasse au ciel en belle mariée

toujours en quête de son amoureux

les étoiles restent pieusement à genoux

c’est que le seigneur ouvre les yeux

 

lorsque les eaux et les montagnes dansent

lorsque le poète pleure à cause des honneurs

et si le cataclysme du monde se fige 

c’est qu’il ouvre bien son œil  le Seigneur

 

mais quand le pouls du monde aura cessé

à cause de l’arc-en-ciel  si lumineux

et qu’on s’en va  pieux  dans l’éternité

serait-ce donc que le Seigneur ferme ses yeux ?

 

ALMA  MATER

 

 

je vous prie de ne pas abattre les femmes !

tout au bout, au-delà d’elles, nous trouvons Iahvé

j’ai envisagé d’y aller en vadrouille

et de mettre un essai sur le papier.

 

par derrière, au-delà d’elles, c’est le désert

incolore, qu’est-ce que je pourrais vous dire.

–         ramène-toi, m’enjoint le Seigneur, et regarde

au-delà de moi, juste chimères, tout est éphémère.

 

Le Vieillard tournait de l’argile entre ses doigts

et la pétrissait à l’aide de discrètes sèves

et le temps n’hésitait pas à hésiter

en forgeant EVE – et des Eve à partir d’Eve.

 

c’est ainsi qu’il peina les six jours durant

le septième, pour cogiter, il s’interrompit.

entre-temps, il avait fait le ciel et l’eau et l’herbe

et se rendit compte que c’était bien ainsi.

 

Le Seigneur donne la vie et souvent y met fin.

les femmes mettent au monde les enfants – la naissance.

ce sont elles qui sont les doigts du Seigneur

lesquels tordent et filent la terrestre échéance.

 

 

UNE  CROIX  POUR  L’ÉTERNITÉ

                                         – pour Ma Maria –

 

puisse ton corps se muer en croix – ma femme

à laquelle prier quand suis jeune tant et plus

reste toujours au seuil de ma maison

et caresse-moi quand serai chenu

 

puisse aussi muer en croix l’air et l’eau

poussent des croix aux sapins et sorbiers

et que ma Mer fasse le signe de croix

vers le nulle part de mes pas… passés

 

qu’une croix pousse à l’entrée du village

qui m’engendra et m’a aliéné

et puisse une croix caresser mon front

quand comme poète-homme je reviendrai

 

se fasse croix le signe d’interrogation 

sous lequel je fléchis aux pattes-d’oie

quand j’ignore quelle est ma direction

et pour la mère, je me signe mille fois

 

 puissent muer en croix eaux et montagnes

qui gardent au creux de leur paume cette Terre

aux gens qui invectivent la sainte Croix

jettent des pierres au Dieu de l’Univers

 

puissent muer en croix les jours solitaires

où me supporte encore l’Infini

lequel nous ouvre les portes de la foi ;

puisse ton corps se muer en croix – Marie !…

 

 

L’INSTANT D’HYPÉRION

 

 

« Mon cher chéri » -me peignais-tu dela Lune…

J’étais autrement jeune, j’aimais l’infortune

 

Un jour,la Mers’éveilla dès potron-minet :

Radine, symboles d’emblème par la révolution sont brûlés.

 

La mascarade postiche  la regardent les vilains

Le pays en discorde montrait, tel une pute, ses seins.

 

Tribus impuissantes voulaient le renfort des paysans.

De la tente sortirent  bien bouffis  quelques gitans. 

 

Les lieutenants jouaient aux dés sur une hanche de pépée,

La barricade brûlait comme les mégots dans les cendriers.

 

A considérer comme le soir tombait vite  irréel

Je lui ai dit : « … ma chère chérie » – amène donc cette échelle,

 

Et je l’ai appuyée contre le tricolore de l’arc-en-ciel ;

Ne te gêne pas  ma femme, je grimpe le premier sur l’échelle.

 

Et si je n’en descends plus jamais

Tu dresses la table d’apparat sur l’avancée 

 Et quand les patrouilles passent, dis-leur toute endeuillée  

Que tu refusas  les sommets du ciel  de grimper

 

Et que ce ne fus pas toi qui volas la grosse chandelle

Qu’on a projeté de descendre des hauteurs dans les autels.

 

Et l’histoire nous dit que  dans les armes  gitait une adolescente

A l’instar d’une révolution : indécente… innocente…

 

LE  MARCHÉ FINAL

 

 

Le vieil archiviste partit plus pressé  courut

Portant sa vieille marchandise vers le marché.

Tout ce qu’il avait à vendre  s’était vendu.

Tout juste un peu de vie avait-il dissimulé.

 

Il se tenait  calme  sur un vieux trépied  au seuil

En regardant  d’un air indiscret  cette foire banale

Et voilà-ti-pas qu’un  jeune homme lui fait un clin d’œil :

–         Allons, mon vieil homme, j’ai à vendre une guerre mondiale…

 

–         Je n’ai rien à faire avec. J’en ai eu moi-même deux

 

–         Achète-là, je te dis : c’est rapide, nucléaire, complète ;

Le vieillard fait le désintéressé,

Etudie la chose à travers ses lunettes ;

 

–         Ecoute, jeune homme, ça c’est une guerre de contrebande

 

–    Personne n’en veut plus, juste un fou voudrait l’acheter.

Dans le fond, le jeune homme n’avait rien à vendre,

Il avait lu un journal fort lu  et ahurissait.

 

L’archiviste parti pressé  voire il courut

Abandonnant aux autres sa place au marché.

Tout ce qu’il avait à vendre  s’était vendu,

Juste un peu de vie  avait-il dissimulé.

 

 

DES  OMBRES

 

 

ne marchez pas sur les ombres, l’ombre

est quelque chose de passager

elle se soumet à vous tant

que l’on vit au calendrier

fidèle à l’instar d’un chien

elle habite la chaîne non vue

qui nous attacha aux ombres

moi je ne l’ai jamais su

hêtres et chevaux jettent des ombres

comme les fleurs des hypogées

insectes, enfants et le dor

restent à l’ombre d’un être sacré

l’ombre dela Lune– charlatane

recèle poètes et coquins

et durant ses rares éclipses

elle offre son ombre à chacun

et la mer, pour grande qu’elle soit

transporte des ombres dans tout flot

parfois, pendant les naufrages

on crie après l’ombre d’un bord

des ombres, des ombres infinies

qui nous broutent fort indomptées

et si l’on fâche le destin

on reste à son ombre, ombrés

le seul Christ ne jette pas d’ombre

son ombre est celle de personne

mais les chrétiens mendient son ombre

en guise d’amen et d’alléluia…

vous voyez ? le monde est ainsi – passager.

L’Engendreur, installé sur sa chaise férine,

ignorant le temps ou les matières premières,

forge les vies infinies, toutes de grâce divine.

allez bonnes gens, n’abattez donc pas les femmes,

en l’absence de leur ventre, on ne saurait vivre.

soyez plus doux là, dans l’atelier divin

de la sorte, de vie en vie, on peut poursuivre.

Sans aucun doute, il est bien loin, l’au-delà des rêves

Là-même oùla Mers’empourpre et s’enflamme haut en couleurs

Et c’est bien là que les poètes crucifiés par la vie

Vont trop rarement faire leurs ablutions, pour leur malheur.

S’il vous arrive de voir une nuit en robe de chimères

Et des gens qui labourent les champs de scories en jachère,

Maudissez la terre trop rude, le destin et l’espérance

Insoupçonnable  miracle a même – ton adultère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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